Google : des ccTLD piratés livrent de faux certificats HTTPS
Des attaquants ont pris le contrôle de trois domaines de premier niveau nationaux et se sont servis de cette position pour obtenir des certificats HTTPS pour plusieurs domaines de Google, ainsi que pour des domaines appartenant à d'autres grandes organisations. Google a révélé ces incidents mardi.
Les extensions touchées sont .gh (Ghana), .sl (Sierra Leone) et .as (Samoa américaines). Les domaines de premier niveau nationaux, ou ccTLD, sont les suffixes internet à deux lettres attribués aux pays et aux territoires. Leur gestion au quotidien est souvent confiée à des entreprises tierces plutôt qu'à un organisme public. Selon Google, ce sont ces opérateurs tiers que les attaquants ont compromis. Ils ont ainsi obtenu la main sur l'ensemble des domaines enregistrés sous ces trois extensions, puis ont modifié les enregistrements DNS faisant autorité.
Les enregistrements DNS faisant autorité constituent la réponse officielle à la question de savoir où se trouve un domaine sur internet. Celui qui les contrôle peut rediriger le trafic et, dans bien des cas, convaincre une autorité de certification qu'il est le propriétaire du domaine.
Google affirme que ses propres systèmes n'ont pas été piratés
Google a insisté sur le fait que les attaquants n'ont jamais pénétré dans son infrastructure.
"Ces incidents n'impliquaient aucune compromission des systèmes de Google", a déclaré l'entreprise.
Elle a également mis hors de cause les organismes qui ont délivré les certificats. "Compte tenu de la nature des attaques, nous n'avons aucune raison de penser que les autorités de certification (AC) qui ont émis les certificats concernés aient commis la moindre faute", a ajouté Google.
C'est là que l'incident devient dérangeant. Les autorités de certification (AC) délivrent des certificats après avoir vérifié que le demandeur contrôle bien le domaine, une procédure appelée validation du contrôle de domaine (DCV). Si un attaquant contrôle le DNS, ces vérifications peuvent être validées alors même que la demande est frauduleuse. Les AC ont suivi la procédure, et c'est la procédure qui a donné la mauvaise réponse.
Google a eu connaissance de ces détournements la semaine dernière. L'entreprise n'a pas précisé comment les opérateurs de registre ont été compromis, qui est derrière les attaques, ni depuis quand l'activité a commencé.
Comment Chrome a bloqué les certificats
Pour les certificats couvrant ses propres services, Google a déployé des blocages dans Chrome via les CRLSets. Il s'agit d'une liste de certificats révoqués que le navigateur télécharge discrètement en arrière-plan. Elle permet à Google de neutraliser des certificats malveillants sans attendre une nouvelle version complète du navigateur.
Google a également travaillé avec les AC émettrices pour révoquer officiellement les certificats. Une étape importante pour tous ceux qui n'utilisent pas Chrome, car une révocation par l'AC s'applique aussi aux autres navigateurs et clients.
L'entreprise s'est ensuite penchée sur les journaux Certificate Transparency (CT). Ce sont des registres publics, en ajout seul, des certificats émis, conçus pour que les propriétaires de domaines et les chercheurs puissent repérer des certificats qu'ils n'ont pas demandés. Les données CT ont mis en évidence d'autres organisations que Google estime touchées par la même campagne, dont plusieurs grandes marques internationales et des services en ligne populaires. Google ne les a pas nommées. Elle a aussi bloqué ces certificats dans Chrome et a contacté les organisations concernées quand c'était possible.
"Les utilisateurs de Chrome n'ont rien à faire pour être protégés", a écrit Google. Comme pour les mises à jour de sécurité habituelles des navigateurs, garder Chrome à jour garantit de bénéficier des dernières protections.
Les limites de la riposte
Google s'est gardée de surestimer l'efficacité de sa réponse. Elle a averti que le blocage des certificats dans le navigateur ne devait pas être la seule ligne de défense. Les détournements de DNS étant complexes, l'entreprise a reconnu que "nous ne pouvons pas garantir que notre analyse a identifié tous les domaines concernés".
Elle a également souligné que les interventions de Chrome ne protègent pas de manière fiable les personnes qui utilisent d'autres navigateurs.
À l'avenir, Google dit vouloir continuer à travailler avec l'ensemble de la communauté pour limiter les dégâts que peuvent causer les compromissions du DNS et du routage.
"Pour protéger nos utilisateurs, nous nous engageons à améliorer durablement l'écosystème HTTPS, notamment en réduisant la durée de validité des certificats et la réutilisation des DCV, à travers le Chrome Root Program et le nouveau Chrome Quantum-resistant Root Program", a conclu l'entreprise.
Une vue d'ensemble
Cet incident montre à quel point la sécurité du web repose sur le DNS. Le cadenas dans la barre d'adresse prouve qu'un certificat a été délivré pour un domaine. Il ne prouve pas que c'est la bonne personne qui l'a demandé. Lorsque la couche du registre, au-dessus d'un domaine, est compromise, même des organisations bien gérées comme Google peuvent voir des certificats d'apparence valide émis à leur nom sans la moindre intrusion dans leurs propres réseaux.
Pour les défenseurs, la leçon pratique consiste à surveiller les journaux CT à la recherche de certificats couvrant leurs domaines. C'est ainsi que Google a découvert les autres victimes, et les organisations peuvent faire de même. Les entreprises qui s'appuient sur des ccTLD moins surveillés pour leurs sites régionaux ou leurs liens courts devraient se demander si l'opérateur derrière ce suffixe mérite la même confiance que leur propre infrastructure.
En évoquant des certificats à durée de vie plus courte et une moindre réutilisation des DCV, Google laisse entendre qu'elle voit dans les validations de longue durée un moyen d'amplifier l'impact de détournements comme ceux-ci. Le nouveau programme de racines résistantes au quantique s'inscrit par ailleurs dans un mouvement plus large vers la cryptographie post-quantique, déjà visible avec les signatures post-quantiques d'OpenSSH.
Reste à voir si les opérateurs de registre révéleront comment ils ont été piratés, si les autres marques touchées se manifesteront, et si les autres éditeurs de navigateurs emboîteront le pas à Chrome avec leurs propres blocages.
