Faille Rejetto HFS découverte par une IA, déjà exploitée
Des attaquants ont commencé à s'en prendre à une faille critique de contournement d'authentification dans Rejetto HTTP File Server (HFS), selon VulnCheck. La faille peut mener à une exécution de code à distance (RCE). Des chercheurs l'ont découverte avec l'aide d'un modèle d'IA.
La vulnérabilité est référencée sous l'identifiant CVE-2026-61500 et affiche un score CVSS de 9,3. Elle touche toutes les versions de ce serveur de fichiers open source antérieures à la 3.2.1.
Un nombre "aléatoire" prévisible
Le problème se situe dans la façon dont HFS génère et protège ses cookies de session. Lors de la connexion, le serveur envoie à des clients non authentifiés des valeurs issues de son générateur de cookies de session. Or ce générateur n'est pas cryptographiquement sûr. HFS s'en sert aussi pour créer la clé qui signe ces mêmes cookies de session.
Un attaquant peut récupérer un petit nombre de réponses de connexion et s'en servir pour reconstituer l'état interne du générateur. À partir de là, il peut retrouver la clé de signature.
Avec cette clé, l'attaquant peut forger des cookies de session que le serveur accepte comme des sessions administrateur valides. Il obtient ainsi des privilèges élevés. Une fois à l'intérieur, il peut parvenir à exécuter du code à distance grâce à la fonction de configuration server_code.
Horizon3 a détaillé le problème dans un rapport technique. HFS s'appuyait sur la fonction JavaScript Math.random() pour produire une valeur "aléatoire". Cette valeur était transmise à Koa, le framework web Node.js utilisé par le serveur, pour signer les cookies de session. Math.random() repose sur l'algorithme xorshift128+, dont les sorties peuvent être inversées.
Concrètement, un attaquant qui récupère suffisamment de sorties de Math.random() peut en déduire d'autres nombres produits par le générateur. Y compris le secret utilisé pour signer les cookies d'authentification.
Repérée par Mythos d'Anthropic
Les chercheurs d'Horizon3.ai ont découvert cette faiblesse à l'aide du modèle d'IA Mythos d'Anthropic. Grâce à un raisonnement mathématique avancé, le modèle a compris que les sorties du générateur de nombres pseudo-aléatoires (PRNG) de Math.random() pouvaient être inversées. Il a ensuite montré comment exploiter ce point pour reconstituer la clé secrète de signature des cookies de session.
Horizon3.ai a découvert la faille en juin. Rejetto a publié la version 3.2.1 de HFS, avec les correctifs, le 13 juillet.
"Plusieurs vulnérabilités de sécurité ont été découvertes dans toutes les versions précédentes, susceptibles de permettre à un attaquant d'obtenir un accès administrateur à HFS", a indiqué Rejetto dans son bulletin.
Des repérages depuis une IP de China Telecom
Le 2 octobre, VulnCheck a signalé que des acteurs malveillants avaient commencé à cibler la CVE-2026-61500. L'activité reste limitée et s'apparente à de la reconnaissance. Elle provenait d'une adresse IP appartenant à China Telecom.
Les tentatives ont visé les canaris de VulnCheck au Japon et aux États-Unis. Les canaris sont des systèmes leurres que les entreprises de sécurité déploient pour détecter et enregistrer le trafic d'attaque.
L'alerte de VulnCheck ne précise pas l'ampleur exacte de cette activité. Elle montre en revanche que quelqu'un sonde désormais activement les serveurs HFS à la recherche de la faille, près de trois mois après la publication du correctif.
Les administrateurs qui utilisent HFS doivent vérifier qu'ils disposent de la version 3.2.1 ou d'une version ultérieure. Selon Rejetto, toutes les versions antérieures sont touchées par plusieurs vulnérabilités. Comme cette faille peut aboutir à un contrôle administrateur complet et à l'exécution de code, toute instance HFS accessible depuis Internet et pas encore mise à jour doit être considérée comme exposée.
Notre analyse
Cette affaire réunit deux tendances qui se dessinent depuis un moment. Les modèles d'IA sont de plus en plus doués pour trouver des bugs subtils. Et le délai entre la divulgation et l'exploitation ne cesse de se réduire. Nous avons déjà vu comment l'IA accélère l'exploitation alors que le nombre de divulgations augmente. La CVE-2026-61500 illustre concrètement la première partie de cette histoire.
Le bug lui-même mérite qu'on s'y arrête. Utiliser un PRNG non cryptographique pour des valeurs sensibles est une erreur bien connue. Mais comprendre que les sorties de Math.random() qui fuitaient à la connexion pouvaient permettre de remonter jusqu'à une clé de signature demande une vraie finesse mathématique. Qu'un modèle l'ait repéré laisse penser que l'audit assisté par IA pourrait faire ressurgir des faiblesses anciennes et subtiles dans des projets open source très répandus. Les petits projets risquent d'avoir du mal à absorber un tel volume. La décision de Google de suspendre son programme de bug bounty OSS à cause des rapports générés par IA montre que la pression se fait déjà sentir.
Il y a aussi un constat plus dérangeant. Les défenseurs ont trouvé et corrigé cette faille bien avant le début des attaques, ce qui est un bon résultat. Mais une fois les détails rendus publics, le même raisonnement est aussi à la portée des attaquants. Microsoft a averti que les attaquants ont actuellement une longueur d'avance sur les défenseurs dans cette première phase de la course à l'IA. Les outils légers comme HFS sont souvent installés à la va-vite puis oubliés, ce qui en fait des cibles faciles.
Reste à voir si la reconnaissance observée par VulnCheck se transforme en analyses et en exploitation à plus grande échelle. Et si d'autres projets qui s'appuient sur Math.random() pour leurs secrets feront l'objet d'un examen aussi poussé.
